AUTOTEST VIH : LIBRE D'ACCÉDER À LA CONNAISSANCE DE SON STATUT
L’oasis « Las Palmas »

L’oasis « Las Palmas »

Le poste de santé HLM Las Palmas, à Guediawaye, est une petite oasis dans l’effervescence de cette banlieue  densément peuplée et populaire de Dakar, au Sénégal. Une fois passée la porte, ce centre ressemble à une structure à base communautaire comme celles que l’on trouve loin des centres urbains et qui, bien au-delà de leur mission sanitaire, œuvrent également comme des lieux de rencontre, d’échange et de partage.

Comme souvent, l’identité de ces lieux se construit autour de ceux qui les gèrent. Ici, Madame Dieumbe Gueye, sage-femme d’une cinquantaine d’années, a la bienveillance inscrite dans son regard. La douceur de sa voix laisse présager d’un total dévouement à ses patientes. Avec le bouche-à-oreille, le poste de Las Palmas est rapidement devenu un lieu au sein duquel les personnes vulnérables savent trouver un temps de quiétude et d’empathie. « Elles savent que nous travaillons tout le temps, et que nous nous occupons bien d’elles », explique Dieumbe Gueye, en soulignant l’investissement de son équipe de médiatrices et d’infirmières.

Mme Dieumbe Gueye

Cela fait près de 20 ans désormais qu’elle exerce dans ce centre. « J’avais des « clandestins » dans ma file active, et de plus en plus, sans savoir qu’il s’agissait de populations clés. » Situé dans une petite rue peu passante, avec une façade discrète et une équipe attentionnée et non jugeante, Las Palmas a rapidement été identifié par les populations les plus en difficultés comme une ressource à la fois sanitaire, sociale et économique. « J’ai sollicité mon médecin-chef, car je devenais de fait un centre de référence pour populations-clés. Il y a un an, le poste de Las Palmas est devenu officiellement un site de suivi des infections sexuellement transmissibles (IST). » Pour cette femme, major de sa promotion de sages-femmes et qui a un temps travaillé dans le secteur privé, l’investissement personnel est fort.

« Mes collaboratrices, et notamment les médiatrices, doivent connaître les réalités du terrain, car nous recevons beaucoup de travailleuses du sexe. » Si les premières consultations se font à la faveur d’une grossesse ou d’une IST, la prise en charge est globale et le suivi assuré. Un suivi qui va parfois bien au-delà d’une consultation médicale. « Si nécessaire, je les aide financièrement pour venir au centre. » Soigner ses patient·e·s constitue une démarche globale. Counseling, orientation si nécessaire, et suivi constituent son quotidien et celui de son équipe. En moyenne, une centaine de travailleuses du sexe consultent chaque mois, et trouvent une prise en charge confidentielle et intégrée. « Nous gérons tout nous-mêmes. Nous manquons parfois de médicaments mais nous disposons tout de même d’un stock gratuit. » Le dépistage du VIH est toujours proposé sur site. Pour celles qui hésitent, un kit d’autotest de dépistage du VIH, dispensé dans le cadre du Projet ATLAS, peut être remis. Il leur est systématiquement recommandé pour leur partenaire régulier, accompagné d’un counseling : « un très bon counseling, car c’est ce qui garantit un très bon résultat ». Nul doute que Dieumbe Gueye et son équipe, ces « mamans dévouées », poursuivront aussi longtemps que possible leur mission, sans aucune distinction, car comme elles le disent, « ici, tous les patients sont égaux. »  

ATLAS à la 19ème conférence sur les Sida et les IST

ATLAS à la 19ème conférence sur les Sida et les IST

Le Projet ATLAS a participé à la 19ème conférence sur les Sida et les IST en Afrique, qui s’est déroulée à Kigali du 2 au 7 décembre 2019. Cette conférence est l’occasion de se retrouver entre acteurs de la lutte contre le sida et de partager les initiatives en cours, de prendre connaissance des innovations, et des nouvelles recommandations. Ayant débuté la dispensation en juillet 2019, le Projet ATLAS avait de premiers retours à partager, tant en termes d’acceptabilité que de données opérationnelles.

Notre équipe, composée de membres de l’équipe ATLAS, d’une large délégation de l’équipe de recherche et de représentants de nos partenaires institutionnels a participé au symposium : HIV self-testing looking forward : targeted, scalable and sustainable models for Africa.

Les intervenants ATLAS à la tribune avec Robert Matiru, Directeur des opérations d’Unitaid et Peter Godfrey-Faussett, conseiller scientifique principal à l’ONUSIDA et Chair du Technical advisory committee de STAR et ATLAS

Clémence Doumenc-Aïdara, Directrice du Projet ATLAS et Joseph Larmarange, Coordinateur scientifique, sont tout d’abord intervenus sur le thème ATLAS Project : adapting HIVST distribution models in West Africa to reach those left behind, avant que le Pr Cheick Tidiane Ndour, Chef de la Division de la lutte contre le sida et les IST au Sénégal, et co-investigateur du Projet ATLAS dans le pays, présente les caractéristiques et défis de l’introduction de l’autodépistage du VIH au Sénégal. 

Des sessions informelles se sont également tenues sur le stand HIV Self-testing de notre partenaire STAR : le 4 décembre, sur la thématique des populations-clés avec les interventions de Joseph Larmarange et Anthony Vautier, et le 5, avec le témoignage de nos partenaires institutionnels. Le Professeur Ehui, Directeur coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Sida en Côte d’Ivoire, et Dr Dramane Koné, point focal ATLAS au Secrétariat exécutif du Haut Conseil National de lutte contre le Sida au Mali nous ont présenté les raisons nécessitant l’introduction de l’autotest de dépistage du VIH et les premiers retours de la mise en œuvre du projet ATLAS.

Un public nombreux a assisté à tous ces événements et a démontré un intérêt croissant pour l’autodépistage, les mesures d’introduction et de dispensation, ainsi que pour le lien vers le traitement.

Sista Tina

Sista Tina

Tina, dans l’arrière-salle d’un bar de Bamako. Crédit Solthis/Jean-Claude Frisque

Tina annonce avoir 35 ans, mais son corps et son visage en inspirent 15 de plus. De nationalité nigériane, elle quitte son pays avec son proxénète pour travailler en Côte d’Ivoire. Travailleuse du sexe, elle connaît un certain succès. « Il a donc décidé de m’emmener en Europe », explique-t-elle. Mais le périple s’arrête en Mauritanie. « Mon mac m’a alors demandé d’aller me prostituer au Mali pour financer le voyage. » La voici à Bamako, une ville qu’elle ne connaissait pas, sans repère, sans famille. Son destin change le jour où elle rencontre Feu Dr SIDIBE Garangué SOUKO, en 2000. Fondatrice et Directrice Exécutive de l’ONG SOUTOURA, Feu Dr SIDIBE Garangué SOUKO lui propose de devenir paire-éducatrice, notamment en direction des travailleuses du sexe nigérianes, et plus généralement anglophones, et leurs boyfriends. « Ma vie a changé, elle m’a sortie de la rue », témoigne-t-elle assise sur le banc de béton situé dans l’arrière-salle d’un bar situé sur une des avenues les plus fréquentées de Bamako, au Mali. Aujourd’hui, Tina est devenue la « maman » de substitution des filles qui ont suivi le même parcours qu’elle. Dr KEITA Aminata Saran SIDIBE, qui a pris la suite de la fondatrice de SOUTOURA, décédée en juillet 2019, témoigne de l’investissement de Tina : « elle est là tous les jours, tout le temps. Même lorsque l’ONG rencontre des difficultés financières et doit réduire ses activités, elle continue bénévolement. »

Tina AGBONAVBARE, ou Momy ou Anty, comme l’appellent les travailleuses du sexe anglophones, joue un rôle très important à SOUTOURA où elle a gravi tous les échelons comme agent communautaire, de paire-éducatrice à coordinatrice. En 2005, elle obtenait le prix de meilleur agent communautaire du programme de lutte contre les IST, le VIH et le Sida du consortium PSI Mali et Groupe Pivot Santé Population, financé par l’USAID. Sista Tina aide beaucoup les femmes qui évoluent dans la prostitution à travers l’offre de paquets de services : la sensibilisation, le dépistage classique et la dispensation de l’autotest, la distribution des préservatifs et de gels lubrifiants, l’orientation des personnes dépistées positives vers le traitement et leur suivi jusqu’à la suppression de la charge virale.  Son soutien dépasse également le cadre sanitaire puisqu’elle accompagne les filles dans leur relation avec les forces de l’ordre, l’ambassade de leur pays d’origine ou encore pour l’ouverture de comptes bancaires.

Feu Dr Sidibé Garangué Souko, Fondatrice de Soutoura

Dans l’établissement,  elles sont une quarantaine à naviguer entre le bar et l’arrière-salle, où se situent des chambres de passe de 5 à 6 m2 qu’elles se partagent à 3, leur intimité étant tant bien que mal préservée par des rideaux. Jour et nuit, elles accompagnent les hommes qui les sélectionnent, pour de rapides passes rémunérées au mieux 2 000 FCFA (3 euros). « Les nuits du vendredi et du samedi, elles font jusqu’à 30 passes chacune », explique Dr KEITA Aminata Saran SIDIBE. Tina s’inquiète pour « ses filles », leur santé, mentale et physique.  « J’ai eu la chance de rencontrer de l’aide, j’essaie de le rendre, de sortir ces filles de la rue, et à défaut de les soutenir. » Tina, qui connaît son statut sérologique mais le conserve secret, incite les filles à se dépister. Ce jour de sensibilisation au bar, le thème est l’autotest de dépistage du VIH. Car si elles se testent régulièrement à la Clinique SOUTOURA, cette stratégie complémentaire de dépistage leur permet de proposer le dépistage à leurs boyfriends comme elles les nomment, leur partenaire régulier. « Nous voulons par-dessus tout qu’ils demeurent en bonne santé », expliquent-elles. L’autotest de dépistage du VIH est plutôt bien accepté par ces hommes, « car ils peuvent le réaliser en toute discrétion à la maison, sans avoir besoin de révéler qu’ils fréquentent une travailleuse du sexe. » Tina a toute la confiance des filles. Elle évolue dans le bar comme une maman bienveillante, attentive à améliorer autant que possible un quotidien très difficile. Aider ces jeunes filles, la raison d’être de Tina, qui aujourd’hui se dit « heureuse » et éternellement reconnaissante à Feu Dr SIDIBE Garangué SOUKO.

Visite des parlementaires français en Côte d’Ivoire

Visite des parlementaires français en Côte d’Ivoire

A l’occasion d’un déplacement en Côte d’Ivoire, une délégation de parlementaires français, accompagnée du Dr Philippe Duneton, Directeur exécutif adjoint d’Unitaid, a consacré la matinée du 2 juillet dernier au Projet ATLAS. Marion Lenne, Jean-Francois Mbaye, Sira Sylla et Valérie Thomas[1] étaient présent.e.s en Côte d’Ivoire à l’invitation d’Unitaid, afin de prendre connaissance des bénéfices des investissements français en santé mondiale.

Ils ont ainsi eu l’opportunité de découvrir la Clinique Confiance de Biétry et le Centre d’Accompagnement et de Soins en Addictologie (CASA) gérés l’un des partenaires de mise en œuvre du projet ATLAS, l’ONG Espace Confiance[2] qui depuis 1994 œuvre à la sensibilisation, au dépistage et à la prise en charge médicale et psychosociale des populations clés.

Inaugurée en octobre 2004, la clinique est un site de prévention et de prise en charge des IST et du VIH/sida en direction des populations clés, comme l’ont présentée les Dr Anoma et Fofana, respectivement Directeur d’Espace Confiance et Directrice de la Clinique.

Positionnant son action sur les principes de non jugement, de gratuité et de discrétion, le personnel des cliniques Confiance (4 au total), dont 12 médecins, 4 infirmier.e.s, 110 conseillers communautaires et éducateurs pairs, offre des services en stratégie fixe et avancée, qui ont permis de toucher plus 20 000 bénéficiaires en 2018, dont plus de 10 % sur le site de Biétry.

La visite s’est ensuite poursuivie au CASA, où le Docteur Zahoui, responsable du site, a présenté cette structure dédiée à la prise en charge des usager.e.s de drogues (UD).

En Côte d’Ivoire, selon une étude réalisée en 2017 par Médecins du Monde, qui a accompagné la mise en place du centre, la prévalence du VIH/sida est de 5,64 % chez les UD, et celle de la tuberculose de 9,8 %[3], soit des taux supérieurs à la moyenne nationale, dans un contexte de faible niveau d’accès aux soins, de forte stigmatisation et de répression.

Le CASA est donc né de la nécessité de fournir un centre de prise en charge communautaire aux UD, où information, sensibilisation, dépistage, soins de santé primaires et prise en charge du VIH et de la tuberculose sont offerts dans un environnement dénué de jugement.

Après moins d’un an d’exercice, le CASA a déjà accueilli plus de 730 personnes, dont 11% de femmes, enregistrant l’arrivée de plus de 70 nouveaux UD chaque mois. Parmi eux, 2,3% sont séropositifs au VIH et 4,1 % porteurs de la tuberculose. L’équipe du CASA a également organisé 34 sorties de soins dépistage depuis son ouverture.

Ces deux sites sont partenaires du Projet ATLAS, et dispenseront des autotests de dépistage du VIH, en stratégie avancée pour la clinique Confiance de Biétry et en stratégie fixe pour le CASA. 


[1] Marion Lenne, députée LREM de Haute-Savoie, Jean-François Mbaye, député LREM du Val-de-Marne, Sira Sylla, députée LREM de Seine-Maritime et Valérie Thomas, députée LREM du Puy-de-Dôme, siègent à la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

[2] https://plateforme-elsa.org/structure/espace-confiance/

[3] La tuberculose chez les unsager.ère. de drogue à Abidjan en Côte d’Ivoire. Prévalence, prise en charge et modèle d’accompagnement communautaire, Médecins du Monde, juillet 2018.

Lancement du Projet ATLAS au Mali

Lancement du Projet ATLAS au Mali

Avec le projet ATLAS au Mali, une innovation majeure au plus près du terrain pour atteindre l’objectif mondial lié au dépistage du VIH d’ici 2020

Bamako, le 19 juin 2019 – L’autotest de dépistage du VIH va être introduit plus largement et promu au Mali afin que les personnes les plus à risque de contracter le virus accèdent à leur statut sérologique en toute discrétion et soient mises en relation avec les services de soins ou de prévention.

Le Projet ATLAS a été officiellement lancé ce jour à Bamako en présence de Michel Hamala Sidibé, Ministre de la Santé et des Affaires Sociales, Professeur Moussa MAIGA, Secrétaire Exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida, Félicité Nsabimana Ndimira, Directrice pays Onusida, Clémence Doumenc-Aïdara, Directrice du projet ATLAS, Laurent Vidal, Représentant de l’IRD au Mali, et Odé Kanku Kabemba, Responsable du Projet ATLAS au Mali.
Soutenu et financé par Unitaid, le projet est mis en œuvre par le consortium Solidarité thérapeutique et initiatives pour la santé (Solthis) et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), en partenariat avec le Ministère malien de la Santé et des Affaires Sociales, le Secrétariat exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida, le Comité Sectoriel de Lutte contre le Sida, AKS, Amprode Sahel, ARCAD Sida, Danaya So, PSI et Soutoura.  

D’une durée de 3 ans et demi, ATLAS permettra non seulement la distribution de 150 000 kits d’autotest de dépistage du VIH au Mali mais aussi de poser les bases nécessaires au déploiement à grande échelle de cette stratégie de dépistage par le gouvernement et autres partenaires, avec le concours des partenaires institutionnels, associatifs et de recherche.  

« ATLAS s’inscrit pour Unitaid dans une stratégie d’investissements plus globale pour promouvoir l’autotest de dépistage du VIH en Afrique, y compris en Afrique de l’Ouest et centrale, comme solution pour atteindre des taux élevés de dépistage du VIH, et ainsi contribuer à renverser l’évolution de l’épidémie. », a mentionné Lelio Marmora, Directeur exécutif d’Unitaid.

Connaître son statut sérologique VIH : une étape indispensable pour mettre fin à l’épidémie

A l’heure où l’ONUSIDA plaide pour un accès universel au dépistage du VIH pour vaincre l’épidémie d’ici 2030, l’enjeu est de taille car au Mali, seules un peu plus de 40% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut[1]. La stigmatisation et la discrimination des personnes séropositives représentent des freins majeurs à l’atteinte de l’objectif mondial lié au dépistage[2]. Il est donc indispensable d’innover pour diversifier l’offre de dépistage et ainsi pouvoir renverser le cours de l’épidémie.

Même si le taux de personnes contaminées reste modéré en Afrique de l’Ouest et centrale, l’épidémie de VIH est concentrée dans certains groupes de population tels les travailleur.se.s du sexe ou encore les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. ATLAS va apporter une stratégie complémentaire d’offre de dépistage, en permettant, grâce à l’autotest, d’atteindre les populations à haut risque de contracter le virus qui n’accèdent pas aux services de dépistage existants.

Le projet ATLAS, au carrefour de l’innovation technologique et sociétale

En ciblant des populations à risque, ATLAS offre aux personnes ne s’étant jamais fait dépister auparavant ou dont les pratiques requièrent des tests fréquents, l’opportunité et un outil pour connaître leur statut et s’orienter vers des services adaptés de prévention ou de soins. L’autotest, un dispositif oral de détection des anticorps du VIH qui consiste à passer une spatule sur les gencives et à la plonger ensuite dans un réactif, permet un dépistage simple et rapide en toute discrétion, et renforce la capacité de chacun d’être acteur de sa santé.

Le projet contribuera à mettre en place les conditions favorables à l’introduction et au déploiement à grande échelle de l’autotest du VIH et à susciter la demande nécessaire d’autotests parmi ces populations cibles.

Enfin, le projet ATLAS comporte un volet scientifique réunissant, l’IRD, pilote de la partie recherche et évaluation, la London School of Hygiene and Tropical Medicine et l’Imperial College of London. Cinq études seront conduites pour documenter l’impact de l’autotest du VIH comme stratégie de dépistage complémentaire indispensable et déterminer les modèles de distribution les plus efficaces en termes de rapport coût-efficacité. Les résultats des études seront communiqués aux pays de la région pour faciliter l’adoption de l’autotest de dépistage et son déploiement à grande échelle.

Dès 2015, Unitaid a joué un rôle pionnier dans la promotion de l’autotest de dépistage du VIH avec le projet STAR mis en œuvre par l’ONG Population Services International (PSI) et ses partenaires dans six pays d’Afrique australe. A ce jour, près d’une trentaine de pays ont intégré l’autotest du VIH dans leurs programmes de dépistage. Le projet MTV Shuga est venu consolider le portefeuille de subventions d’Unitaid dans ce domaine. Il sera mis en œuvre par MTV Staying Alive Foundation en conjonction avec le projet ATLAS pour la Côte d’Ivoire, et a pour objectif de mieux faire connaître l’autotest aux jeunes, à travers la production d’une série télévisée transmettant des messages de santé publique sur l’usage des autotests pour le dépistage du VIH.


[1] Cadre stratégique national de lutte contre le VIH et le sida (CSN 2017-2021)

[2] Objectifs « 90-90-90 » de l’ONUSIDA fixés à 2020 : 90% des personnes séropositives connaissent leur statut, 90 % des personnes dépistées positives au VIH soient sous traitement antirétroviral, 90% des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable.

Visite du Conseil Présidentiel pour l’Afrique

Visite du Conseil Présidentiel pour l’Afrique

Carnets de santé, un projet du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA) et de l’ONG Action Santé Mondiale, destiné à mettre en lumière les innovations africaines pour rendre la santé accessible à tou·te·s, a fait escale au Sénégal, du 20 au 25 mai 2019. Conduite par la Dr Yvonne Mburu, immunologue et membre du CPA, la délégation a notamment visité deux structures partenaires de mise en œuvre du Projet ATLAS. A Dakar, tout d’abord, le Dr Bâ, Coordonnateur technique, a présenté le CEPIAD, Centre de Prise en Charge Intégrée des Addictions de Dakar, qui participera à la distribution des kits d’autotest de dépistage du VIH, dans le cadre de la mise en œuvre du projet. A l’origine de la création du Centre, explique le Dr Ba, « une enquête de 2011 qui montre une très grande vulnérabilité des usagers de drogues au VIH, avec une prévalence de 9,4 %, et au VHC, avec 23%. » Première unité spécialisée en Afrique de l’Ouest, le CEPIAD présente aujourd’hui « une file active de 500 usager·e·s, dont 275 sous méthadone ». Cette unité du service de psychiatrie de l’hôpital Fann propose également des activités communautaires et de stratégie avancée. Ousmane, médiateur communautaire, rappelle que « la réduction des risques (RdR) est une des priorités du centre, tout comme le plaidoyer auprès des forces de sécurité et le dépistage en stratégie avancée ».

Dr Diallo, du Projet ATLAS, présent le kit d’autodépistage oral du VIH

La délégation s’est également rendue à Ziguinchor, au centre de santé, ex-hôpital Silence, où elle a été accueillie par le Dr Jean-Jacques Malomar, Médecin chef du district. Docteur Sanata Diallo, Cheffe du Projet ATLAS au Sénégal, a ensuite présenté le projet et ses innovations, en compagnie du Dr Boubacar Diouf, représentant d’Enda Santé sur place et partenaire de mise en œuvre. Soulignant que « la fin de l’épidémie commence par la porte d’entrée, le dépistage », Dr Diallo, a présenté aux participant·e·s le dispositif d’autotest de dépistage oral du VIH qui sera dispensé dans le cadre du projet. Des rencontres ont eu lieu avec les bénéficiaires, et notamment un groupe de travailleuses du sexe de l’association Diamorane. Sokhna Rokhaya, médiatrice, a notamment souligné la nécessité pour elles de se dépister tous les trois mois. « Les conditions sont tellement difficiles que nous sommes obligées d’accepter beaucoup de choses », a-t-elle expliqué, reconnaissant à demi-mot qu’elle et ses consœurs devaient bien souvent accepter de pratiquer leur métier sans se protéger. « Moi la première, je ne voulais pas me dépister. Mais les causeries et la sensibilisation nous convainquent, les travailleuses du sexe « officielles » comme les informelles ou les cachées », explique-t-elle, ajoutant que « l’autotest répond parfaitement aux besoins de notre profession. »
Autre innovation du Projet ATLAS, la distribution secondaire permettra de confier des kits d’autodépistage du VIH aux populations clés pour qu’elles le remettent à celles et ceux des cibles qui ne souhaitent pas se déplacer dans les centres de santé, notamment en raison de la forte stigmatisation qui prévaut encore au Sénégal.