AUTOTEST VIH : LIBRE D'ACCÉDER À LA CONNAISSANCE DE SON STATUT

A Dakar, Maguette préside une association de travailleuses du sexe et apporte à ces jeunes femmes bienveillance et support.

Maguette – Photo: B. Demeocq / Solthis

Dakar, dans une ruelle discrète, une petite maison un peu défraichie par les années se cache sous les manguiers feuillus. Un jeune aficionado de Lionel Messi, maillot du Barça sur le dos, en sort ballon aux pieds. « Maman, si tu me cherches, je joue au foot dehors ». Mamoudou, 11 ans, est le petit dernier de Maguette. Il fait sa fierté et porte ses espoirs, tout comme ses petits-enfants dont les jouets jonchent la cour de sa modeste maison. C’est également dans cette maison que Maguette accueille régulièrement les travailleuses du sexe membres de Karlène, l’association de travailleuses du sexe qu’elle préside. « Je n’étais pas prédestinée à m’occuper des gens, le communautaire m’est tombé dessus, mais aujourd’hui je ne peux pas m’en passer. » 

Maguette est une mère, une grand-mère et un repère pour celles et ceux qui l’entourent. « Le travail du sexe est toléré, mais la loi est obsolète*. Beaucoup de filles demeurent dans la clandestinité car elles refusent de se faire enregistrer ; même avec la carte, elles peuvent être arrêtées car le racolage est interdit. » Les structures communautaires sont donc indispensables à de nombreuses filles qui ne disposent que de peu de soutien. Chaque mois, Karlène réunit les travailleuses du sexe autour d’une séance de sensibilisation. L’autodépistage du VIH fait partie des thématiques régulièrement abordées. « Il faut les sensibiliser, les informer. Elles doivent pouvoir profiter de ce que nous, nous n’avons pas eu. Elles représentent l’avenir, les générations futures. Elles doivent avoir une jeunesse saine. »

Une vingtaine de jeunes femmes sont présentes ce jour-là, sourire aux lèvres, heureuses de partager un moment de convivialité non jugeant. Très attentives, elles se montrent particulièrement intéressées par l’autotest de dépistage du VIH. « C’est un outil pratique, sans piqûre, sans douleur », témoigne l’une d’elles. Et Maguette de confirmer : « elles ont beaucoup de pratiques à risque, donc elles utilisent et donnent les autotests à leurs paires et leurs clients, car cela leur permet de se tester régulièrement. Ensuite, elles nous appellent ou appellent la hotline* et se font référer dans une structure pas trop proches de chez elles afin de ne pas être stigmatisées ».

Conseiller, orienter, protéger, tel est le quotidien de Maguette dont le corps porte les stigmates d’une cinquantaine d’années de lutte. « J’avais un parent proche usager de drogue et personne vivant avec le VIH. Moi-même j’étais travailleuse du sexe. J’ai intégré cette association dont je suis finalement devenue présidente. Je suis également vice-présidente du RENAPOC. Aider est ma vie. »

Grâce à Enda Santé, partenaire du Projet ATLAS au Sénégal, Karlène a pu intégrer le pool des associations relais de la dispensation des autotests de dépistage du VIH. « Enda nous soutient depuis très longtemps, et nous a énormément renforcées sur le plan communautaire. Cela nous a permis de réaliser de grands progrès, en nous accompagnant dans les sessions de causerie, dans la mise en œuvre du dépistage démédicalisé. Moi-même, ils m’ont permis d’acquérir un diplôme de visiteuse médicale. »

L’année écoulée n’a pas été sans difficultés pour Karlène, avec la pandémie de COVID-19. « Beaucoup d’activités se sont arrêtées, explique Maguette. Les filles travaillent moins. Je me suis inquiétée pour plusieurs d’entre elles. Nous avons recommandé le respect des mesures barrières mais avec la conjoncture, c’était compliqué. Il fallait bien qu’elles mangent. C’est l’instinct de survie qui domine. »

Emue, mais avec une force irréductible dans le regard, Maguette confie : « je me battrai toujours pour elles, elles comptent sur moi. Ça c’est Maguette ! »

  • Au Sénégal, les travailleuses du sexe peuvent s’enregistrer légalement comme telles, et ainsi bénéficier d’un carnet de suivi notamment sanitaire.  
  • Numéro vert anonyme et gratuit : 800 30 30
Ça, c’est Maguette !

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